Avent : attendre avec Marie

La grossesse de Marie éclaire la vie de l’Église. Une méditation du frère Patrick Prétot, bénédictin. Publié le 13 octobre 2015.

L’Avent rappelle aux chrétiens que Marie, comme toute mère, a attendu la naissance de Jésus, plus encore qu’elle a vécu cette expérience humaine à la fois si courante et si extraordinaire, d’une femme portant un enfant dans son ventre.

On peut écouter ce texte si beau de la visitation : « En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». (Luc 1, 39-45)

Et la suite de ce récit ce texte vient comme une sorte de cri de jubilation :

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais ». (Luc 1, 47-55)

Et la prière du « Je vous salue Marie » garde la mémoire de cela en nous faisant dire « Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni ».

Mais là encore, il ne faut pas réduire la visite de Marie à sa cousine Élisabeth, cet épisode dans lequel l’évangéliste Luc place le Magnificat, du seul côté de la rencontre de deux femmes enceintes partageant l’expérience de l’attente d’un enfant. Car la tradition de l’Église met en évidence que par excellence la Vierge Marie est une figure de l’Église en gestation. Ici, c’est un texte d’un cistercien du 12e siècle, Isaac de l’Étoile (1100-1178) qui exprime cela au mieux. Isaac compare Marie et l’Église à partir de l’idée que l’Église est le corps du Christ, un corps dont la tête est le Christ.

 

Pour comprendre, il faut aller chez Saint Paul (Éphésiens 1, 22-23) : « Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude ».

Ce qu’Isaac de l’Étoile apporte de nouveau, c’est d’appliquer cela aussi à Marie en faisant le parallèle entre Marie et l’Église : L’une et l’autre est mère, l’une et l’autre, vierge. L’une et l’autre, sans trouble charnel conçoit du même Esprit ; l’une et l’autre, sans péché, donne une progéniture à Dieu Père. L’une, hors de tout péché, a mis au monde la tête de ce corps ; l’autre, dans la rémission de tous les péchés, a donné le jour au corps de cette tête.

Donc l’essentiel pour nous est de dire que la gestation de Marie, renvoie à celle de l’Église, l’une venant compléter l’autre, car dit encore Isaac de l’Étoile: « L’une et l’autre est mère du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre ».

Et Isaac de l’Étoile ajoute alors comme en conclusion un principe qui devrait guider tous ceux qui écrivent sur la Vierge Marie : « Aussi est-ce à bon droit que dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit universellement de l’Église Vierge-mère est compris singulièrement de Marie Vierge-mère ; et (ici on a envie d’ajouter réciproquement) ce qui est dit spécialement de Marie Vierge-mère, est compris généralement de l’Église Vierge-mère. Et quand un texte parle de l’une ou de l’autre, son contenu s’applique presque sans distinction à l’une et à l’autre ».

Que conclure ?

Si avec Isaac de l’Étoile, on peut dire de l’Église ce que l’on dit de Marie, et réciproquement si l’on peut dire de Marie ce que l’on dit de l’Église, alors la grossesse de Marie éclaire la vie intérieure de l’Église.

Très concrètement, la fécondité de l’Église ne se voit pas d’abord dans l’impact médiatique de telle déclaration, dans la présence sur Twitter ou Facebook de sa hiérarchie, ni même dans le nombre d’ordinations ou de fidèles à la messe, mais elle est discrète comme ce fut le cas pour Marie, et elle se manifeste en premier lieu dans toute relation vraie, dans toutes les formes de « visitation » que nous pouvons vivre au long des jours, dans nos activités.

F. Patrick Prétot, bénédictin

 

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