Chemin et détours

Pendant plus de 20 ans, j’ai eu la crédulité de penser être dans une voie spirituelle plus courageuse, plus évoluée et même plus mûre que tout ce qui existait par ailleurs. Quel orgueil ! « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » disait Paul Claudel. Je crois surtout que Dieu propose la ligne directe mais l’homme s’évertue à vouloir s’affranchir et emprunter des chemins sinueux. Ce fut du moins mon cas. Ma crédulité n’exclut pas une grande sincérité, je pensais avoir trouvé un endroit où l’enseignement nous amenait à mettre en pratique cette Parole de Dieu : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé » Jn 15,12.

 

Aujourd’hui, Jésus a changé mon regard sur cet amour du prochain. J’avais appris que l’apprentissage commençait par s’aimer soi-même, c’est une bonne chose pédagogiquement, à condition que cela ne prenne pas toute la place, sinon le nombrilisme nous guette. Le principal écueil me semble-t-il, réside surtout dans une mise en pratique qui ne compte que sur nos propres forces et sans Dieu, enfin presque, disons facultatif ! Par moi, avec moi et en moi, cela ne marche pas ! Il m’en aura fallu du temps pour comprendre qu’une telle autosuffisance ne pouvait pas porter du fruit et que c’était une attitude intérieure à l’envers. Je redécouvre aujourd’hui dans la spiritualité chrétienne qu’il me faut partir de Dieu, et plus précisément de la deuxième partie de la phrase, « comme je vous ai aimé ». Donc Dieu m’aime en premier ! Mais comment puis-je ressentir cet amour ? La prière adressée à Dieu ou l’écoute de la Parole peuvent répondre à cette question, et Il ne nous laisse jamais sans réponse quand nous nous tournons humblement vers Lui. Notre part réside dans cette humilité du cœur, car il est nécessaire d’être habité par la conviction que sans Lui, je ne suis rien. « Parle Seigneur, ton serviteur écoute » 1 S 3, 9

 

Jésus a changé mon regard sur ma relation au Père, j’avais de fausses images de Lui, je croyais qu’il me fallait mériter Dieu, être meilleur par moi-même pour être aimé de Dieu et sentir Sa présence. Là encore, dans le monde chrétien, c’est l’inverse, c’est Dieu qui prend l’initiative de la rencontre. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » Jn 15,16. Or Jésus ne veut perdre aucun de ses enfants, c’est-à-dire chacun d’entre nous (parabole de la brebis égarée Lc 15,1-7). Je le sais désormais dans ma chair, par petites touches de lumière, jour après jour, Il est venu m’éclairer pour me remettre dans son sillage. En fait, Il ne m’avait jamais quitté, j’étais seulement très sourde et très aveugle. C’est là que Son Amour est palpable, Il respecte avec une infinie patience notre liberté et tous nos chemins, Il nous laisse les essayer et nous suit en douce. Il ne nous explique rien, ne justifie rien, ne condamne pas mais Il marche à nos côtés, une croix sur le dos.

 

 

Puis, l’heure vient où Il transforme tous nos détours, en un chemin vers Lui car « Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé » Ps 50. Grâce à mon égarement, j’ai fait un chemin de retour vers Jésus-Christ, mon Sauveur en prenant conscience de mon péché, de mes erreurs. Aujourd’hui je Le retrouve avec une foi et une confiance décuplés.

Jésus a également changé mon regard sur l’accompagnement spirituel. Je confondais être accompagné et être dépendante du discernement de l’accompagnateur. Jésus nous dit « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » Jn 14,6. Là encore, les trois derniers mots de la phrase ont toute leur importance ; il n’y a pas d’autre maître ! Dieu ne nous a pas donné un moyen ou une méthode ; il nous donne son propre Fils. Et 2000 ans plus tard, ce Don d’Amour continue d’agir en nous, pour nous. Je crois aujourd’hui que la vérité n’est pas un enseignement constituant une des multiples manières d’atteindre Dieu, la Vérité est une Personne : Jésus-Christ. Toutes les choses spirituelles sont « vie » avec le Seigneur, mais « mort » sans Lui. Jésus-Christ est notre vie. C’est à Lui que revient la tâche de manifester cette vie, de l’exprimer. Il ne s’agit donc pas d’avoir recours à une méthode pour être meilleur, comme je l’ai longtemps cru, mais de se mettre sous le regard miséricordieux du Christ, d’ouvrir notre cœur et de Le laisser s’exprimer à travers nous. Dans sa lettre aux Galates, Saint Paul nous le dit si magnifiquement : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (…) qui m’a aimé et s’est livré pour moi » Ga 2,20. Alors bien sûr que j’ai besoin d’être accompagné tant il n’est pas si simple de mettre sa vie au diapason de la volonté de Dieu. La tentation est grande de croire que la volonté du Père va contre ma propre volonté. L’Eglise catholique prévoit des accompagnements spirituels pour tout baptisé qui le demande. L’accompagnateur (le plus souvent un prêtre ou un religieux) guide, aide à élargir la réflexion, à repérer les pièges du malin, à affiner notre discernement, oriente vers une foi et un amour plus grand. Tout accompagnateur est bien sûr lui-même formé et sous la direction spirituelle d’un autre. A chaque rencontre, l’accompagnement d’une âme est confié à l’Esprit Saint ; l’accompagnateur n’attend rien et ne peut en tirer une gloire personnelle et l’accompagné lui, ressent souvent une gratitude mais en aucune façon une dette spirituelle. Il est d’ailleurs écrit : « Vous avez reçu gratuitement, donné gratuitement » Mt 10,7. C’est une respiration ! Sa respiration en chacun d’entre nous, et si l’amour consistait à seulement Le laisser circuler ?

 Dans l’épître aux Hébreux nous lisons : « Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Ne vous laissez pas entraîner par des doctrines diverses et étrangères ; car il est bon que le cœur soit affermi par la grâce, et non par des aliments qui n’ont servi de rien à ceux qui s’y sont attachés ». Hé 13, 8-9

C.H.

Source photo : http://imagessaintes.canalblog.com/

 

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