« Connais-toi toi-même » (1/3)

Voilà une sentence qui porte le panache d’une vieille histoire, a traversé un nombre honorable de siècles, connu une palette abondante d’interprétations, et n’a toujours pas épuisé son pouvoir d’attraction… Et pour cause. Dans l’éventail bigarré des spiritualités, des gnoses ou des psycho-spiritualités séculières qui ont cours, elle connaît sans doute même un regain d’attention et de mises en œuvre.

Se connaître soi-même. Les psychologues, les saints, les gens « bien » -les bonnes personnes- et ceux qui ne paraissent pas tels, les bien-portants et les malades, les vieux et les jeunes, les gros cerveaux et les mal-doués, les hommes et les femmes : nul n’échappe à la nécessité universelle du « se connaître soi-même ». Soit pour faire la sourde oreille, rester indifférent. Soit pour fuir. Soit au contraire pour se laisser happer par la fascination « égolâtrique » et mortifère que ce désir de connaissance peut générer. Car la connaissance de soi peut dégénérer. Elle comporte ses déviances.

De quoi s’agit-il ?

La question qui se pose ici est multiple : qu’est ce que cela veut dire, se connaître soi-même? Est-il possible de se connaître soi-même? Jusqu’où ? Pour quel motif ? Comment ? En vue de quoi ? Pour quoi ou pour qui ? Et la liste pourrait encore s’allonger.

Celle qui va nous retenir ici, puisque nous sommes dans le cadre singulier d’une démarche chrétienne, sera principalement la suivante : que veut dire « connaissance de soi » quand on cherche, professe le Christ, quand on est attaché à Lui, Fils de Dieu incarné pour nous et Sauveur de nos vies ? Et en quoi cette connaissance de soi est-elle nécessaire pour connaître Dieu, croître en humanité, et devenir qui nous sommes en Lui ?

Deux manières de se connaître soi-même

Si cette démarche de connaissance de soi est vraiment chrétienne, elle ne peut pas laisser de côté la connaissance humaine/psychologique de soi, ni la mépriser, et encore moins l’évincer.

Mais si elle est vraiment chrétienne, elle ne peut pas non plus simplement s’apparenter à une introspection psychologique de soi-même par soi-même.

Le Christ n’y aurait aucune place, si ce n’est celle d’un observateur lointain de mes petites investigations. Et le Sauveur moins de place encore. Cette connaissance de soi n’aurait plus rien de chrétien.

Parler ainsi, c’est déjà mettre en lumière deux manières de se connaître soi-même : une connaissance psychologique de soi-même par soi-même, à l’aide de la réflexion sur nous-même : quel type de caractère est le mien, comment suis-je conditionné dans mon fonctionnement, mes relations, etc… Et une connaissance spirituelle de notre âme et de son mystère, car nous sommes et demeurons un mystère pour nous-mêmes. Nous le resterons d’ailleurs jusqu’au bout. Dieu seul, qui nous a créés, nous connaît, et de fond en comble, avec beaucoup de tendresse et de miséricorde, tels qu’Il nous a fait et tels que la vie et nos choix nous ont faits (ou « défaits » !). Conditionnés par des paramètres temporels et circonstanciels, mais aussi, et bien plus essentiellement et radicalement, intimement structurés pour entrer dans Sa vie divine et capables de vraie liberté. A aucun moment et d’aucune manière déterminés. Conditionnés, mais pas déterminés. « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance…Dieu créa l’humain à son image, à son image il le créa, homme et femme ils les créa » nous dit Genèse 1. A son image et ressemblance Il m’a créé et Il continue de me créer, pouvons-nous de notre côté nous redire, en toute vérité et assurance.

La connaissance de cette profonde structure de notre être est en dehors de notre raison et de notre prise. Elle ne dépasse  pas simplement nos capacités scientifiques ou intuitives : elle est d’un autre ordre. Le Seigneur ne nous demande d’ailleurs pas de sonder les profondeurs de notre mystère personnel, mais de le respecter. Et de respecter celui d’autrui. Ce respect est le chemin d’entrer dans son Mystère à Lui. Et par surcroît et étonnamment, paradoxalement peut-être, par rejaillissement, dans le nôtre. Vouloir par soi-même « mettre la main sur », prétendre « faire le tour de »,  avoir « le contrôle et la maîtrise de », c’est piétiner, s’arroger une puissance et une domination sur soi-même ou sur autrui. Sur Dieu en soi-même et en autrui. Sur Dieu tout court. C’est, au final, se prendre pour Dieu, se faire Dieu.

Connaissancedesoi-1sur3

Néanmoins mystère ne veut pas dire hermétisme, ésotérisme ou secret gnostique. Car nous pouvons entrer dans une certaine connaissance de notre mystère personnel par grâce, dans la prière, conçue comme relation d’amitié vivante et « lieu » de notre intimité et de notre communion avec Dieu, par la médiation du Christ Jésus, vrai homme et vrai Dieu.

On le voit donc déjà, ces deux manières de se connaître soi-même –la psychologique et la spirituelle- ne sont pas identifiables ni interchangeables. Or nous les confondons souvent, et c’est très dommageable.

 Notons qu’entrer dans la deuxième manière (spirituelle), ce sera la meilleure manière d’aviver et de faire fructifier la première (psychologique). Lui donner toute sa place. Mais rien que sa place. La première place revenant à la connaissance de soi-même, reçue et accueillie dans notre relation d’amitié avec Jésus.

Et à travers Lui, avec le Père et son Esprit. C’est cette relation fondamentale, vitale, radicale –au sens étymologique du terme, radix : racine…disons donc radixale !- qui vient faire la lumière dans toutes les autres dimensions de notre personne et que nous nous découvrons nous-même. Comme une torche enflammée qui mettrait en lumière les fresques peintes sur les murs d’une grotte.

Alors, quoi ? Connaissance de soi ou relation d’amitié avec Jésus ? De quoi est-il question? Et quel rapport entre les deux ?

C’est ce dont il sera question dans le prochain article Connaissance de soi ou relation d’amitié avec Jésus ? – partie 2.

A.P. Carmel

 

 

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