« Connais-toi toi-même » (2/3)

Connaissance de soi ou relation d’amitié avec Jésus ?

De quoi est-il question? Et quel rapport entre les deux ?  

En quoi Jésus a-t-il affaire avec la connaissance de soi ? Je cherche à m’améliorer, à devenir meilleur, je cherche ma plénitude. Mon bonheur. Et celui de ceux que j’aime. J’aspire à un bonheur absolu, éternel, qui ne finirait pas. Je cherche Dieu. Ou plus secrètement, peut-être uniquement, à faire une expérience de Dieu. Mais une expérience de quel Dieu ? Une Déité, un Esprit ? Un Grand Tout anonyme ? Un Dieu à mon image et à ma ressemblance (remarquons au passage la subreptice inversion par rapport à Genèse 1…), autrement dit à l’image de mes attentes immédiates et spontanées, de mon affectivité en mal d’être aimée et d’aimer, de mes passions désordonnées? De mon désir de puissance et de sécurité ?… Ou le Dieu de Jésus-Christ ?… Peut-être d’ailleurs que, pour être honnête, je ne sais pas trop ce qui distingue ou sépare tous ces « Dieu » du Dieu de Jésus-Christ!…

Est-ce qu’à force de creuser au fond et à l’intérieur de moi-même, à force de passer au peigne fin tout ce qui vient traverser mon intériorité et mon être, d’en affiner les ressources et les capacités, d’en nommer les limites et de les dépasser, je ne finirai pas, à force d’efforts, d’attention, de bonne volonté et de désir, de chutes et de reprises, par en crever tout de bon le plafond ? Est-ce que je ne finirai pas par expérimenter, un jour, quelque chose de Dieu, par m’ouvrir à … à quoi, d’ailleurs? A un prolongement divin de moi-même ? Et par quelle opération ce prolongement de moi serait-il plus divin que mon moi actuel ? Et qui pourrait bien être ce Dieu qui serait mon moi prolongé ? Dieu au bout de moi-même ? M’accrocher à un Dieu qui n’est qu’un autre moi-même projeté en avant?…

En attendant, je suis bien obligé de reconnaître que loin d’expérimenter Dieu, ce sont mes limites que j’expérimente, et

qu’elles se font de plus en plus étroites, pesantes, désespérantes. Je suis comme un oiseau qui s’épuise à voleter en rond dans sa cage, qui commence à s’échauffer et à se décourager. La cage peut bien s’être un peu élargie, elle peut bien être devenue un peu plus dorée, je suis toujours en cage, et le cloisonnement devient de plus en plus asphyxiant. Ma vie est plombée, je ne suis, intérieurement, pas libre. J’en ai assez. Et puis, tiens, je ne sais plus…

C’est que, peut-être, nous avons oublié, ou jamais su, ou pas encore compris, que nous ne sommes pas la Source de notre vie. Et qu’aucune autre personne à côté de nous ne peut davantage être la Source de notre vie. Par contre la Source de ma vie est bien en moi. Mais je ne suis pas elle. Et elle n’est pas moi. Ni de moi. Elle est objectivement là.  Elle EST. Quoi que je fasse ou que je ne fasse pas, elle jaillit à la racine de mon être sans que j’aie rien à faire pour cela. Qu’à en faire le constat, à la laisser jaillir. Et à en recueillir les eaux, si je le veux bien…

Elle est un « TU » personnel et vivant, en face et à la racine de mon « Je » en attente d’être aimé et d’aimer. Un « TU » amoureux –vous dites amoureux ? Ô bonheur !- qui ne demande qu’à se communiquer, échanger, éclairer, dilater, communiquer, se déployer et déployer en moi le même amour vivifiant.

Cette Source, c’est l’amour inconditionnel du Père, toujours penché sur moi, prononçant sur moi comme sur son Fils et sur tout homme, de manière unique et personnelle : « En toi, tout mon Amour ! Sois toi ! Quel bonheur que tu sois !».

Connaissancedesoi-2sur3

Elle est un grand Oui créateur, un grand Oui d’approbation prononcé sur toute l’étendue de ma personne, à la racine de mon existence et sur toute mon existence. Qui attend l’assentiment libre de mon intelligence et le consentement libre de ma volonté  pour lier amitié. Qui attend mon Oui en retour. Car sans réciprocité, pas d’amitié ni d’amour.

Un grand Oui prononcé sur moi qui est aussi invitation du Père, me demandant avec infiniment d’humilité : « Veux-tu ? », c’est à dire : « Peux-tu accepter que je t’aime comme un ami aime son ami, une mère son petit, un père son enfant, un époux son épouse ? Aurais-tu plaisir à m’aimer ainsi en retour? » « Veux-tu bien de mon amitié et de la plénitude de mon vivant bonheur pour transformer ta vie? » « Peux-tu accepter que je t’ouvre le chemin et construise avec toi et pour toi ton bonheur ? »

Se laisser attirer, saisir, porter et éduquer par ce Oui approbateur prononcé à chaque instant et sur tous les plans de notre personne, c’est là le sens et la vérité intérieure de la prière. Là aussi la consistance de notre vie, son épaisseur humaine. C’est se laisser rejoindre au centre de soi-même et permettre à l’eau vive jaillissant

au centre de notre vie (l’eau de la Samaritaine de l’Evangile de St Jean, 4) d’en imbiber toutes les dimensions : affectives, psychiques, morales, intellectuelles, relationnelles, etc… Pour les restaurer, les libérer, les transformer, les laisser être conformées à celle de l’Homme-Dieu, Jésus. C’est permettre à cet Hôte intérieur de nous rendre plus totalement humain, de nous accoutumer à nous laisser transformer et investir par Dieu, qui sait tellement mieux que nous nos intimes cassures et nos intimes ressorts. Lui même nous montrera ce qu’il nous est nécessaire de voir pour avancer, dans la mesure où nous désirons et demanderons sa Lumière. Cette Source vivante et vivifiante à la racine de notre être, elle est le lieu de notre dignité et le lieu de notre grandeur. Le lieu de notre responsabilité, aussi. Le lieu de notre « je » le plus infrangible et celui de notre liberté la plus inamissible. Le lieu de notre vérité la plus vraie. Le lieu de la connaissance de soi.

Découvrir la suite dans le prochain article Se connaître soi-même ou un OUI à deux voix – partie 3 

A.P. Carmel

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