De l’estime de soi qui est repli sur soi, à l’estime de soi qui est amour de Dieu

« Vu comment je suis, ce que j’ai fait, ce qui m’arrive…comment Jésus pourrait-il m’aimer… »  Nous ne nous sentons pas aimables, pas dignes d’être aimés. Et nous nous replions.

Il n’y a que la confiance dans le regard d’amour infini que Jésus pose sur nous, sans cesse activée et réactivée dans notre relation avec Lui, qui peut nous faire basculer de notre propre regard sur nous-mêmes, souvent négatif, au beau regard de Jésus posé sur nous. Regard de lumière, de vérité et de miséricorde. Qui nous vivifie.

Notre foi et notre amour se déploient à mesure que l’acte de notre liberté réactive notre confiance dans ce regard posé sur nous. Quoi qu’il arrive, en toutes situations et circonstances de notre vie. Et surtout lorsque nous nous sentons honteux, méprisés, haïssables, ou mal aimés.

La confiance ainsi exercée nous donne d’émigrer entièrement dans ce beau regard de Jésus posé sur nous. Non pour chercher à en scruter le contenu –car alors nous nous regarderions encore nous-mêmes avec notre propre regard- mais pour nous laisser saisir par sa lumière. La confiance nous suspend à ce beau regard et nous soustrait aux déformations du nôtre. Elle nous détourne de nous-mêmes et nous fait passer en Jésus. Là nous découvrons que nous sommes aimés et nous apprenons qui nous sommes en Lui.

Ce regard de Jésus sur nous est BEAU. Il est VIE. Ce beau regard de Jésus sur nous EST.

C’est un fait. Nous n’avons pas à nous l’inventer, à nous l’imaginer, à nous en persuader par la force : c’est une réalité objective, que nous y croyions ou non. Que nous  y fassions attention ou pas… Douter de ce beau regard posé sur nous, c’est passer à côté de la vie. Alors qu’il suffirait de nous y ouvrir. De consentir à l’accueillir. Pour entrer dedans. Nous trouver nous-mêmes. En nous suspendant à lui.

Est-ce que je prends le temps de m’ouvrir à ce beau regard posé sur moi ? De me laisser regarder, rejoindre par lui?

Il faudrait y passer des heures entières d’oraison ! Et le cours entier de notre vie. Nous n’en serions que plus vivants. Et davantage tournés vers les autres. Nous aurions moins de réticence à ce que les autres eux aussi soient bellement regardés. Beaux. Nous les verrions sous un nouveau jour.

Baigner ainsi notre regard dans la douceur de celui de Jésus donnerait à notre cœur de se laisser apaiser, consoler, amollir en un cœur de chair. Dans ce bain notre ivraie aspirerait à devenir bon grain, le levain de notre baptême ferait lever la pâte, et l’arbre donnerait son fruit.

C’est ainsi que nous apprendrions à ne plus nous regarder nous-mêmes, et que le regard de Jésus nous donnerait de nous considérer, et les autres, avec un infini respect. Nous commencerions à nous aimer nous-mêmes comme Jésus nous aime, et les autres avec son amour même. Seul amour vrai. Seule authentique estime de soi. Théologale.

La confiance persévérante a la puissance secrète de nous guérir du mouvement réflexe qui nous assigne à notre ego et nous coupe des autres. Elle nous guérit de ce repli qui nous rive à nous-mêmes, nous paralyse, nous rend tristes, agressifs. Jusqu’à nous mettre insensiblement sur la pente de la mort. La confiance persévérante creuse en nous un chemin de confiance inconditionnelle. Elle est l’ancre qui arrime notre âme au cœur de Jésus.

Les contrariétés et les revers de la vie, qu’ils soient conséquences directes de notre péché, de celui des autres ou de notre condition humaine limitée, peuvent alors nous frapper, notre regard enraciné dans la confiance s’efforcera de rester accroché à celui, indéfectible, de Jésus. Notre cœur toujours trop dur cherchera à s’adoucir dans le sien. Peut-être nous sentirons-nous écrasés, mais nous ne serons ni démolis ni détruits.

Suspendus à ce beau regard de Jésus posé sur nous, par quoi s’exprimera alors notre amour, notre chemin se poursuivra dans l’assurance que, de cette « mort » surgira un surcroît de vie. Cet acte de notre foi et de notre liberté nous gardera dans l’élan de la confiance, alors même que tout semblera nous faire défaut.

Depuis que Jésus est ressuscité, il n’est plus aucun revers de la vie qui ne soit intrinsèquement ensemencé de résurrection. La résurrection de Jésus a tout ensemencé de Vie éternelle, nos souffrances, notre mort et tous les revers de notre vie. Notre baptême nous plonge dans cet Esprit de résurrection. Mais ce dynamisme de résurrection ne peut devenir effectif dans notre personne et dans notre vie que par l’acte libre et persévérant de notre foi et de notre confiance en Jésus, expression de notre amour pour Lui et pour le Père.

Dans ce dynamisme, suspendus à Jésus, les revers ne sont plus des « tuiles » qui s’abattent sur nous de façon insensée, mais des invitations à passer le pont de la résurrection. Des tremplins vers un surcroît de Vie et vers notre vrai moi.

« Vous aussi, croyez que vous êtes ressuscités avec le Christ » … « Offrez-vous à Dieu comme des vivants revenus de la mort »

A.P – Carmel

 

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