Divorcés-remariés et l’Eucharistie

A la suite de l’article « Fenêtre ouverte sur l’Eucharistie, source de vie » parue dans Credomagazine, le 16 avril dernier, une question nous a été posée par une lectrice : « comment trouver un sens au fait que étant divorcée je n’ai pas accès dans l’église catholique à l’eucharistie alors que justement j’en ai grand besoin. Je ne comprends pas cette contradiction ». Nous proposons la réponse qui suit :

L’Eucharistie est pour les baptisés le sacrement du Christ (époux) donnant sa vie et faisant alliance pour toujours avec l’humanité (épouse), y compris en traversant la mort et jusque dans la résurrection (=mystère pascal), par le moyen de l’Eglise. A travers l’Eglise c’est l’humanité tout entière qui est appelée à cette alliance définitive et éternelle d’amour. Le corps sacramentel du Christ est, dans l’acte de la communion eucharistique, le lieu de l’union du Christ (époux) et du baptisé (=Eglise épouse)

Dans le mariage sacramentel chrétien, l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre avec toute leur personne, corps, âme et esprit, de façon irrévocable. L’union fidèle et indissoluble que l’homme et la femme se promettent dans le mariage sacramentel est insérée dans ce mystère d’union fidèle et indissoluble du Christ (époux) avec l’Eglise (épouse).

Cet argument repose notamment sur cette phrase de saint Paul : Comme dit l’Écriture : « A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église » (Lettre aux Éphésiens, chapitre 5, versets 31 et 32).

La communauté de vie des époux et la communion de leurs personnes, y compris jusque dans leur corps, en devient le lieu d’expression incarnée. Et les enfants qui naissent de leur union, le fruit.

L’eucharistie en tant qu’elle est émergence et actualisation de l’union du Christ et de l’Eglise dans l’histoire du baptisé, est aussi pour les époux chrétiens la nourriture sacramentelle qui, dans la durée des jours nourrit l’union indissoluble et fidèle qu’ils se sont promis dans le sacrement du mariage. En même temps elle manifeste tout le sens final du mariage : à travers le chemin d’union avec la personne de l’époux (se), se forge l’union personnelle et éternelle de chacun des deux époux avec Dieu, pour l’éternité.

Dès lors, quand il y a eu rupture de la fidélité et de l’union indissoluble promises dans le mariage sacramentel, serait-il cohérent de venir se nourrir du corps sacramentel qui est l’expression et la nourriture de cette union indissoluble, alors qu’elle n’est plus vécue par les personnes? La communion sacramentelle ne serait-elle pas alors en contradiction complète avec la réalité vécue par les personnes ?

C’est pour éviter cette incohérence et contradiction intérieures que l’Eglise demande aux divorcés-remariés de s’abstenir de communier sacramentellement au corps du Christ, parce que la vérité intérieure du sacrement ne correspond plus avec la vérité existentielle des personnes.

Mais les divorcés-remariés ne sont pas pour autant exclus de la communauté de l’Eglise! Au contraire! Ils y ont toute leur place. Il suffit de se rappeler cette phrase de Jean-Paul II à Sainte-Anne d’Auray en 1996 : « L’Église a aussi le souci de ceux qui sont séparés, divorcés et divorcés remariés. Ils restent membres de la communauté chrétienne ». Et l’Eglise reste pleine de sollicitude pour la souffrance des personnes, et d’autant plus pour celles qui désirent s’unir au Christ sans pouvoir communier à Lui sacramentellement. Il est très important que ces personnes puissent parler de leur situation particulière avec un prêtre.

 

Par ailleurs la puissance de la grâce du Christ n’est pas limitée à la seule voie des sacrements qu’il a institués dans l’Eglise. Là où l’Eglise demande aux fidèles de s’abstenir des sacrements (jamais arbitrairement, mais toujours par cohérence avec la vérité intérieure des sacrements), là aussi où les sacrements ne peuvent pas être célébrés ou reçus à cause de circonstances extérieures qui en empêchent (situation d’isolement, de guerre, de catastrophes etc…) Dieu agit et rejoint les personnes par d’autres moyens, sa grâce est offerte et donnée par d’autres voies que celle de la communion sacramentelle. Dieu n’est pas limité ni prisonnier des moyens qu’il nous a donnés, même si ces moyens sont incontournables pour qui peut en user.

A celui qui communie par le désir dans un respect humble des dispositions prises par l’Eglise Dieu peut donner autant et plus de grâce, s’il lui plait, que dans une communion sacramentelle. Là où on ne peut communier sacramentellement, on peut toujours communier spirituellement lors de la messe, par le désir. Silencieusement en restant à sa place, ou en faisant une démarche physique, en se mettant dans la file des personnes qui viennent communier et en se présentant les bras croisés sur la poitrine devant le prêtre pour en recevoir la bénédiction, sans communier. Ce témoignage du désir de l’Eucharistie alors qu’on ne peut communier est un très fort et très bouleversant témoignage pour les fidèles qui communient. Ce témoignage les interroge sur leurs dispositions et la vérité intérieure de leur démarche, l’éveil de leur désir ou l’automatisme qui les guette. Ce témoignage peut aider les fidèles qui communient à renouveler la conscience de ce qu’est ce sacrement et de l’acte qu’ils accomplissent. On peut aussi communier spirituellement et autant de fois qu’on le désire au corps du Christ en dehors de la célébration de l’Eucharistie.

Enfin, le don du corps et du sang du Christ, la communion sacramentelle, n’est pour personne, pour aucun baptisé, pas non plus pour des religieux/ses un du, qu’on pourrait revendiquer, mais toujours et seulement un don, absolument gratuit, qu’on ne peut – qu’on ne devrait – que recevoir très humblement et en même temps avec une infinie reconnaissance et une confusion émerveillée.

C.F

Pour approfondir la réflexion, le petit livre: « Vérité et miséricorde », Ed. du Cerf du cardinal Georges Cottier et Jean-Miguel Garrigues, ainsi que la toute récente exhortation apostolique Amoris laetitia du pape François.

Voir aussi l’article « Les divorcés peuvent-ils communier ? » sur le site www.catholique.org

 

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