La voie de la conversion

Généralement réduite à un premier mouvement vers Dieu après quoi tout s’enchaînerait naturellement, la conversion est en fait une longue suite d’étapes.

S’il est une exigence inscrite au cœur de notre foi, c’est bien celle de la conversion intérieure. Il en va bien plus que d’une sorte de comportement moral extérieur. L’étymologie du mot (convertere) est remarquable, qui renvoie à une orientation fondamentale de tout notre être. Tel est le véritable enjeu de l’ascèse chrétienne.
Se tourner vers qui ? Vers le Seigneur ! Si le péché est un détournement, la conversion est un retournement. Saint Thomas a admirablement défini le péché : aversio a Deo et conversio ad creaturam, ce que l’on peut traduire ainsi : on s’est détourné de Dieu pour se tourner vers la créature. L’inversion qui consiste à mettre notre fin dernière en des moyens (créés) est proprement une perversion. Ces moyens étaient autant de dons prodigués par Dieu. Notre souveraine ingratitude tient par conséquent en ceci que nous retournons les dons de Dieu contre Dieu.
L’œuvre de la conversion requerra une opération de détachement à l’égard des créatures dont nous avons trop et mal usées, c’est-à-dire abusées jusqu’à en devenir désabusés ! Mais il s’agira moins de regarder ce à quoi l’on renonce, comme si nous étions déjà nostalgiques du péché, que Celui vers lequel convergent tous nos désirs. Il est une manière positive de faire pénitence, c’est de contempler la lumière et non de s’« introspecter » dans sa fange.

Pour se retourner vers Dieu, il faut certes, à l’instar du fils prodigue, entrer en soi-même pour y découvrir l’esclavage et l’aliénation dans lesquels la distance que nous avons creusée par rapport au Père nous a plongés. Mais le secret de la véritable connaissance de soi est dans la captation du regard de bienveillance que Dieu pose sur nous. Le mot grec metanoia suggère ce décentrement à l’égard de soi et ce dépassement à partir de l’intérieur même de notre sanctuaire intime.

Dans la parabole en question, tout n’est pas dit car le Seigneur est pudique. Ainsi, le père ne se contenta-t-il pas de voir – de constater – son fils revenir à lui ; c’est le regard même de compassion de Dieu, par-delà l’horizon de notre éloignement, qui nous attire à revenir chez nous, c’est-à-dire dans son cœur. Ainsi s’agit-il moins de se convertir que de se laisser convertir : Convertis-moi et je serai converti. Point donc de volontarisme ni d’inertie quiétiste, mais une disponibilité à obéir aux impulsions de la grâce qui nous fait vouloir agir et nous donne de pouvoir agir selon la volonté de Dieu.

C’est le Christ qui convertit.

Allons plus loin ! Par son mystère pascal, c’est le Christ lui-même qui, en nous, se détourne du péché auquel il meurt et nous retourne vers Dieu en lequel il vit de façon irréversible. Quand donc comprendrons-nous que le Christ n’est pas seulement à considérer comme objet (de contemplation) auquel il convient de se modéliser par la pratique des vertus mais comme sujet (de notre existence) qui agit et pâtit en nous, le « Je » ou le « Moi » qui fait que ce n’est plus moi qui vis mais Lui qui vit en moi ? La conversion, ainsi, n’est pas moins que notre transformation en Christ. Quand donc cesserons-nous de ne demander que la grâce « adjuvante » – des secours divins pour nous aider dans les circonstances de notre vie – alors que le Seigneur est prêt à nous offrir sa grâce « transformante » ? La conversion change ainsi notre être en profondeur et nous renouvelle intérieurement, ce qui est tout autre chose qu’une imputation extrinsèque de la justice par Dieu au pécheur – qui reste pécheur – au regard des mérites du Christ.

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Source : La Nef n°180 de Mars 2007

Photo http://imagessaintes.canalblog.com

 

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