Laisser la créativité de Dieu se manifester dans nos vies

John Martin Sahajananda est né d’un père chrétien et d’une mere hindoue. Ce moine bénédictin est le prieur de Shantivanam, l’ashram chrétien fondé par Jules Monchanin et Henri Le Saux en Inde du Sud. Il y anime des retraites de méditation et de prière.

La Vie : Qu’est-ce vous a incité à promouvoir le theme de la créativité dans vos retraites ?

JOHN MARTIN. Il y a deux manières de  vivre sa vie : selon l’ego ou selon le véritable soi. La vie selon l’ego est mécanique et conditionnée. Dans une perspective chrétienne, la vie selon le vrai soi correspond à une existence selon l’image et la ressemblance de Dieu. Dans la Bible, nous disposons de la symbolique du jardin d’Eden où Adam et Eve marchent dans le jardin de Dieu. Cette vie constitue le symbole même de la vie créative : elle n’est pas stable, mais toujours en mouvement.

En quoi est-elle créative ?

J.M. Dans la mesure où la créativité de Dieu se manifeste à travers toutes les rencontres de notre vie. Pour y parvenir, nous sommes invités à être constamment ouverts aux suggestions divines et aux besoins des autres. Dans l’Ancien Testament, l’histoire des Israélites qui marchent dans le désert évoque cette manière d’être. Dépendant totalement de Dieu par la manne quotidienne, ils ne peuvent en mettre de côté pour le lendemain.

Il n’est donc pas possible de stocker la créativité…

J.M. Chaque jour, celle-ci vient à nous, comme une réponse aux suggestions de Dieu et aux besoins des autres. La vie de  Jésus est l’exemple parfait de cette créativité. Son existence manifestait toujours ce qui était nécessaire aux besoins des hommes et femmes qu’il rencontrait.

La parabole des talents ne nous invite-t-elle pas à cultiver une créativité plus personnelle ?

J.M. Elle peut s’interpréter de deux manieres. D’abord, fondamentalement, notre premier talent est de vivre à l’image et à la ressemblance en Dieu. C’est la capacité de déployer la vie en nous et autour de nous, que Dieu donne à tous. La seconde se situe à un niveau plus physique et psychologique. Certains peuvent ainsi être docteurs, ingénieurs, savants, d’autres artistes ou poètes, agriculteurs, ébénistes. Chacun est invité à se déployer en fonction des dons particuliers qu’il a reçus.

 

A quel moment se trouve-t-on en présence de ce déploiement ou au contraire, dans l’affirmation de l’ego ?

J.M. Si nous utilisons ces talents pour remplir notre vide intérieur et si nous fondons notre identité à partir de ceux-ci, alors nous ne sommes pas au service de Dieu. Si, au contraire, nous mettons nos talents au service de l’humanité, alors ils se déploient naturellement. Tout dépend de notre attitude intérieure. Si notre vie se déploie, nous n’allons pas utiliser les autres en tant qu’objet de notre enrichissement personnel. Par exemple, un médecin peut utiliser les patients soit pour s’enrichir soit pour exprimer le divin dans ses relations. Dans ce dernier cas, le patient incarne la présence de Dieu face lui.

Dans vos retraites, vous proposez des temps de méditation. En quoi cette pratique favorise-t-elle la créativité ?

J.M. La méditation contribue à la purification de notre ego. Son but est de déconditionner notre mental, afin qu’il devienne comme un pur miroir, permettant à la créativité de se manifester. Cela dit, j’accompagne des sessions depuis de nombreuses années. Et il est vrai qu’on peut aussi fabriquer des ego, en méditant : « Je suis un bon méditant, je suis un bon méditant. » Là encore c’est une question d’attitude intérieure : dans quelle disposition méditons-nous ?

Durant les retraites, vous proposez aussi des temps de prière. Demandez-vous à Dieu : « Aide-moi à être créatif »?

J.M. Non, l’essence de la priere c’est : « Que ta volonté -et non la mienne- soit faite ». Il n’est pas facile d’atteindre un tel niveau de détachement, car notre premiere tâche est de purifier notre ego. Or progressivement, nous découvrons que la prière consiste non plus à demander à Dieu ce que nous voulons, mais ce que Lui veut de nous. A la question: « Que veux-tu que je fasse ? », il dira : « Permets que je travaille en toi, par toi. C’est pour cette raison que je t’ai créé. Jusqu’à présent, tu t’es servi de moi ! » (rires)

Quand nous avons pris conscience que telle est notre vocation,nous comprenons que jusqu’à présent nous nous orientions vers une mauvaise direction. Nous pouvons alors nous abandonner à Dieu, à travers un processus quotidien et permanent, à reprendre chaque jour.

Article de l’hebdomadaire chrétien LA VIE, n° 3670

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