Le mystère de l’Église, c’est celui de l’amour du Christ pour nous

 Le Christ qui nous demande de ne pas l’aimer n’importe où, nous demande aussi de ne pas l’aimer n’importe comment.

Là aussi nous avons besoin de développer notre foi pour que notre amour puisse prendre sa taille.

Nous avons fait déjà bien des efforts pour comprendre qu’il ne s’agit pas entre nous, entre tous les Chrétiens d’un amour de similitude mais d’un amour complémentaire.

Nous avons essayé d’être vis-à-vis de la hiérarchie obéissantes et respectueuses.

Il ne me semble pas pourtant que nous ayons sur ce plan touché le fond même du mystère de l’Eglise.

Le fond c’est le mystère même de l’amour du Christ pour nous.

Toute l’Eglise est don du Christ ; toutes les fonctions de l’Eglise sont des modalités de cet amour, de ce don. Et si nous nous laissons si mal aimer par Jésus, et si nous transmettons si mal son amour c’est, je crois, parce que nous ne sommes pas établis dans l’ordre même de la Charité.

Or, quand il s’agit d’amour ce n’est pas avec des droits et des devoirs qu’on arrive au bout du compte. Et quand il s’agit d’un amour qui est Dieu il s’agit d’une chose bien autrement vitale, d’une chose qui demande de nous une sorte de rythme interne, de manière d’être sans lesquels nous ne serons que des demi vivants, des demi sauvés, des demi sauvants [sic]. (…)

Le mot fonction qui a donné en français le mot et la réalité du fonctionnaire ne doit pas nous égarer.

Dans le corps de l’Eglise nous avons une fonction et chacun a la sienne et c’est quelque chose d’aussi réel, d’aussi vital, d’aussi actif, que les fonctions organiques de notre corps.

Ces fonctions n’ont rien à voir avec les aptitudes humaines : il y a des gens intelligents et des gens idiots, il y a des baptisés et des gens qui ne le sont pas : cela relève d’un autre ordre. (…)

Nous avons à connaître, à approfondir notre fonction propre, le don du Christ dont nous sommes comptables.

Baptisés, confirmés nous avons à être le Christ pas retouché pas déformé. A chaque minute nous avons à être en dette de lui tout entier.

A chaque minute nous avons à être les bénéficiaires du don qu’il nous fait de lui à travers les autres.

Etre entièrement généreux et entièrement reconnaissant c’est coïncider avec la grâce de notre Baptême, c’est être vrai (…) Quand nous n’aimons pas de générosité et de reconnaissance nous sommes des menteurs, des saboteurs de la vérité qui est nous. (…)

Quelle est notre attitude, notre vie par rapport aux fonctions qui ne sont pas les nôtres ?

Quand nous sommes au milieu de foyers, unis par la grâce du mariage, quand nous parlons d’eux, quand nous agissons pour eux, défendons-nous, aimons-nous le Christ communiqué au plus intime de l’amour humain ?

 

 

 

Luttons- nous pour qu’il n’y soit pas méconnu, méprisé, mutilé ?

Il y a le Pape, les Evêques, les Prêtres.

Qu’un Prêtre soit n’importe qui ou n’importe quoi, le Christ en lui n’est pas n’importe qui et n’importe quoi. Il est le Christ qui l’a identifié à son sacrifice et à son pardon.

Quand il parle, c’est la grâce d’enseignement du Christ, même si dans son enseignement on reconnaît très mal l’enseignement du Christ, nous devons reconnaître le Christ qui enseigne.

Les Evêques ont la grâce du Sacerdoce complet. Ils sont le Christ portant, communiquant ses pouvoirs à travers le temps, gardant le dépôt de la Foi de toute altération, la propulsant à travers la terre.

Même si l’Evêque ne ressemble pas au Christ, même si ses paroles sont faibles, même s’il semble rester à intérieur du monde chrétien, il y a en lui ce Christ faiseur de Prêtres et de Chrétiens, ce Christ–Vérité, ce Christ qui veut évangéliser la terre.

Le Pape, lui porte la grâce ultime du Christ. Sa fonction est celle qui est la plus proche de celle du Christ.

Dans un Borgia cette fonction était intacte, il restait le Père comme un cerveau rongé par une tumeur reste un cerveau et ne peut être remplacé par rien d’autre.

Nous sommes très loin d’avoir sondé ce que la fonction de la Papauté nous révèle de l’amour du Christ. (…)

Il s’agit pour nous de « croire » à ces fonctions vitales revêtues d’hommes.

Cela peut être un acte de foi facile, il peut être effroyablement onéreux, dans tous les cas pour être authentique il demande et un dépassement de ces hommes et un dépassement de nous. Sans cela il ne serait plus de la Foi.

Oui, il s’agit de respect, d’obéissance, de conséquences juridiquement humaines… mais il s’agit de tellement plus.

Il s’agit de vivre la vérité, de vivre en vérité ce mystère prodigieux du Christ « répandu et communiqué » de le recevoir tel qu’il se donne comme il se donne, à travers des pires constatations apparentes.

Il s’agit d’être Fils en face des fonctions de paternité, disciple en face des fonctions d’enseignements, frère en face des fonctions de père, père vis-à-vis des « filioli », que sont les pécheurs et les infidèles et croire contre toutes les apparences même si ce Père ressemble à un monarque ou à un ministre de la République, même si ce maître ressemble à un pion, même si ce frère ressemble à un ennemi ou à un étranger, même si ce fils ressemble à un brute, qu’à notre amour d’enfant, de disciple, de frère ou de père répond à travers tout et malgré tout, dans la vérité intime de l’Eglise, le Christ qui est l’Eglise et qui nous traite, dans son mystère, en enfant, en disciple, en frère ou en père. (…)

L’Eglise peut nous apparaître à certains moments de notre vie comme une splendide nécropole, comme le tombeau du Christ absent, la hiérarchie comme la gardienne d’anciennes et vénérables splendeurs mais c’est elle qui le jour de notre Baptême nous a appelées par notre nom c’est elle qui demeure celui que nous cherchons et qui n’est plus dans aucun sépulcre parce qu’il est en elle (…)

(Textes du tome IX des Oeuvres complètes)

Madeleine DELBRÊL

http://www.madeleine-delbrel.net

 

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