Maïti Girtanner : Du désir de pouvoir pardonner

Torturée par un médecin de la Gestapo, la jeune résistante catholique et pianiste Maïti Girtanner échappe miraculeusement à la mort. A 75 ans, elle fait le récit bouleversant du pardon que son tortionnaire mourant est venu chercher auprès d’elle, se souvenant qu’elle parlait de Dieu quand elle était sa prisonnière. « Finalement, vous voyez bien, ce n’est pas le mal qui gagne ! »

Extraits :

« Quand j’ai découvert cette relation de personne à personne avec Jésus, j’ai découvert que Dieu n’avait pas voulu que je fasse ce chemin de souffrance et d’horreur. J’ai compris qu’au cœur de cette souffrance il me rejoignait presque physiquement par sa présence, sa proximité. Il me rejoignait dans un mal que les hommes étaient tout à fait capables de créer eux-mêmes. Dieu n’a pas voulu ce mal pour qu’au bout du compte je me raccroche à lui. Dieu m’a rejointe dans un mal affreux, perpétré par les hommes, pour m’aider à m’en sortir et à construire ma personne d’abord, puis apporter avec mon consentement, quelque chose aux autres. »

Animée d’un grand désir de pardonner à Léo, son tortionnaire, Maïti reste fidèle à son désir. Elle ne peut pas avoir la certitude d’avoir réellement pardonné à cet homme, c’est pourquoi, elle prie pour lui tous les jours. Entre le désir et la réalité, le pardon est un long cheminement. « Cela n’est pas quelque chose qui se fait comme ça, un miracle du jour au lendemain. Il faut le désirer longuement, il faut en avoir un désir fou, un désir qui est une grâce. » Mais ne peut-on jamais savoir si l’on a pardonné ? » Elle ne s’appuie pas sur sa seule prière. Elle est consciente que « c’est là un passage dans le cœur qui est très difficile […]. Je ne savais pas si j’y arriverais. Dans le cas où je n’y arriverais pas, je demandais à Dieu de le faire à ma place. Mon désir était là. »

Et en 1984, « Je reçois un coup de téléphone. J’ai tout de suite reconnu sa voix : « Pouvez-vous me recevoir ? » J’ai eu l’impression que l’immeuble me tombait sur la tête. J’étais couchée, dans une période très douloureuse. Je me suis entendue répondre : « Venez ».

Elle revoit cet homme qui vient pour lui parler de la mort. Il est très malade et n’a plus que quelques semaines à vivre. Il a cherché cette jeune fille qui dans le camp parlait de l’après mort ; les paroles entendues « comme l’huile, l’avaient pénétré. »

Maïti lui parle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. A la suite de quoi, « cet homme, qui était très bel homme, a baissé la tête et a dit avec une grande humilité, comme un enfant : « mais qu’est-ce que je peux faire maintenant ? ». « L’amour… donnez beaucoup d’amour autour de vous, parlez à Dieu, balbutiez, Dieu habite toutes ses créatures, même les plus enténébrées… »

Cet homme a peur, peur de la mort. Cette histoire est tout à fait inouïe ! Cet homme qui revient 40 ans plus tard, c’est de l’ordre du miracle, de la volonté de Dieu. Elle me fait comprendre que l’amour, le pardon, la vie sont plus forts que le mal.

Ecoutons encore Maïti : « Au moment de partir, il était debout à la tête de mon lit, un geste irrépressible m’a soulevée de mes oreillers alors que cela me faisait très mal, et je l’ai embrassé pour le déposer dans le cœur de Dieu. Et lui, tout bas m’a dit « Pardon ». C’était le baiser de paix qu’il était venu chercher. A partir de ce moment là, j’ai su que j’avais pardonné. »
Quelle profondeur dans cet échange !

Un long cheminement que celui du pardon ; comme une aventure, une quête, celle de chercher toujours la vérité. La vérité en deçà de la réalité apparente de la vie : réalité douce et heureuse ou réalité tragique de l’homme dans toute sa dureté.

J’aime, dans la vie de Maïti, l’alternance des temps de parole et de silence. Des silences comme une autre tonalité de parole. Quand elle revient à la vie, elle organise sa vie sans que personne autour d’elle ne connaisse son histoire. « Seule une dizaine de personnes la connaissait. J’avais choisi le silence et la pénombre. C’était un choix personnel et je ne l’ai jamais regretté. Mais aujourd’hui, à l’aube de mes 75 ans, il a fallu que cela éclate, sans que je l’aie cherché. »

Son heure est arrivée, son témoignage se transmet comme une étoile dans la nuit. Une histoire vraie, qui encourage à vivre des chemins de pardon comme chemin de vie, et de vérité.
A la mesure de notre vie, dans notre aujourd’hui où nous cherchons à tout dire, à tout vivre à tout comprendre, je reçois aussi ce témoignage comme cette patience bienfaisante, que dans ma vie, je dois accepter le temps, le silence, me réserver un espace intérieur à partager avec très peu de personnes, et des personnes choisies.

Et bien sûr, être animé de grands désirs, portés dans une grande confiance à Dieu : « si moi je n’y arrive pas, je demande à Dieu de lui-même faire pour moi ; mon désir est là ! »

https://videotheque.cfrt.tv/video/maiti-girtanner-du-desir-de-pouvoir-pardonner/



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