Nos misères sont le trône de la miséricorde divine

« Je ne dois jamais oublier ma misère, non pour trembler sans cesse, mais pour que, malgré (…) ma confusion, je m’approche de votre Coeur avec toujours plus de confiance ; car ma misère est le trône de votre miséricorde et de votre amour1. »

Cette magnifique prière de saint Jean XXIII peut certainement accompagner les dernières semaines de notre Année sainte. Elle pourrait en être comme un point d’orgue, ou même un prolongement une fois que cette année de grâces sera achevée. Car elle nous propose tout un chemin de vie avec le Seigneur.

En entendant le pape Jean XXIII parler de  »miséricorde » et de  »trône », comment ne pas penser à une autre prière, plus sublime encore, pur don de l’Esprit Saint : le chant de la Vierge Marie dans son Magnificat ?

La mère de Dieu y chante la miséricorde du Seigneur qui s’étend d’âge en âge et qui va jusqu’à renverser les puissants de leur trône (Lc1, 50-52). Si les puissants aiment les trônes sur lesquels ils s’assoient pour conforter leur pouvoir, la miséricorde vient bousculer leurs montagnes d’orgueil. Elle renverse les trônes pour les laisser vides ; vides pour le Seigneur seulement, vides pour que sa miséricorde puisse siéger totalement en nous !

Alors oui,  »ma misère est le trône de votre miséricorde et de votre amour » ! En priant ainsi, Jean XXIII nous appelle à faire de notre misère un trône pour le Seigneur. C’est-à-dire le lieu d’une disponibilité, pour que sa miséricorde prenne toute la place et qu’elle siège en nous comme un roi sur son trône.

 

C’est finalement sans doute cela, la conversion véritable, et non pas parvenir héroïquement à tout faire parfaitement, pour présenter ensuite au Seigneur les fruits de nos efforts. Le Père n’aurait plus alors qu’à valider nos succès ; et nous, nous pourrions penser pouvoir devenir saints sans son secours.

La véritable conversion, c’est la reconnaissance de notre incapacité à y arriver tout seul, non pas pour désespérer de nous-mêmes, mais pour mettre toute notre espérance en Dieu. Une espérance qui nourrit notre volonté d’avancer et qui balaye toute fatalité de ne pas y parvenir.

Le bienheureux Paul VI, successeur de Jean XXIII, pourra alors à son tour reconnaître la grandeur de la miséricorde divine, en confessant : « Dieu est – nous le disons en pleurant – bon pour nous. Il nous aime, nous cherche, pense à nous, nous connaît, nous inspire et nous attend : il sera – si l’on peut dire ainsi –  heureux le jour où nous retournerons et dirons :  »Seigneur, dans ta bonté, pardonne-moi ». Voici donc notre repentir : DEVENIR LA JOIE DE DIEU2. »

Père Ludovic Frère, Vicaire général du diocèse de Gap et Recteur du sanctuaire de Notre Dame du Laus

  1. Saint Jean XXIII, Journal de l’âme
  2. Bienheureux Paul VI, Homélie, 23 juin 1968

 

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