Qu’allons-nous faire évoluer dans notre vie spirituelle en 2017 ?

Qu’allons-nous faire évoluer dans notre vie spirituelle en 2017 ? Pour nourrir la réflexion de chacun nous proposons le début d’un grand texte de la tradition cartusienne, c’est-à-dire des moines chartreux.

Jean-Baptiste Porion, a été l’une des plus grandes figures de l’ordre des Chartreux du 20e siècle. Entré à la chartreuse de la Valsainte en 1921, il a été spécialiste de la spiritualité rhéno-flamande, a occupé la fonction de Procureur de l’Ordre à Rome durant une vingtaine d’années, avant de revenir à La Valsainte en 1981, où il est mort en 1987.

Si nous jetons un regard sincère sur le passé de notre vie spirituelle, nous sommes étonnés – accablés peut-être – de la lenteur ou de la nullité de nos progrès. Pourquoi tant d’efforts sont-ils demeurés stériles ? Pourquoi, après plusieurs années peut-être de vie ascétique, devons-nous avouer les mêmes faiblesses, enregistrer les mêmes chutes ? N’aurions-nous pas, dès le début, négligé l’essentiel, ne nous serions-nous pas trompés de chemin ?

Il n’y a en effet qu’une seule porte par laquelle on puisse entrer dans le royaume spirituel. C’est en vain que nous avons essayé d’y pénétrer par ailleurs ; nous devions nous heurter à d’infranchissables barrières. Nous étions pareils à des voleurs maladroits qui tentent inutilement de pénétrer par la ruse dans un domaine bien défendu. « Celui qui entre par ailleurs est un voleur et un bandit. » (Jean 10, 1) Cette porte unique c’est le Christ, c’est la foi dans le Christ : foi que la charité vivifie, et qui, en affermissant notre cœur, lui permet en retour d’aimer, de brûler plus intensément et de rayonner davantage, à l’image de la charité divine !

Il faut déclarer sans détour la vanité parfaite d’un ascétisme qui n’a d’autre idéal que le perfectionnement du « moi », de cet ascétisme que d’on pourrait appeler « égocentrique ». Les résultats qu’il donne sont bien maigres, et bien décevants les fruits que l’on en tire : qui n’a semé que selon l’homme, ne moissonnera que de l’humain.

L’ascétisme chrétien repose tout entier sur un principe divin, et ce même principe l’inspire, l’anime et le conduit jusqu’à son terme : « Tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. » (Deutéronome 6,5 et Matthieu 22,37) C’est le résumé et l’essence de la Loi ancienne : la Loi nouvelle n’a fait que reprendre ce premier et suprême commandement, l’expliquer et le promulguer universellement dans toute sa simplicité et force divines.

 

Il faut, dès le début de la vie spirituelle, orienter l’âme vers cette plénitude de l’amour, vers Dieu seul. Agir autrement, c’est méconnaitre le sens profond du christianisme. C’est revenir à l’effort égoïste, à l’égoïsme vaniteux de certaines morales païennes – stoïciennes d’autrefois et d’aujourd’hui –, culture si pétri d’un orgueil si mesquin !

Si nous pouvions nous convaincre une fois pour toutes de la vérité des paroles de notre divin Maître : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire », (Jean 15, 5) que notre vie changerait d’aspect ! Si nous étions pénétrés de la doctrine de vie contenue en ces quelques mots : « Sans moi vous ne pouvez rien faire », nous nous appliquerions à pratiquer non pas telle ou telle vertu, mais toutes sans exception, sachant que c’est Dieu même qui doit être à la fois le but et le principe de nos actes.

Mais après avoir fait tout notre possible – comme si le succès ne dépendait que de nous seuls –, nous saurions demeurer humbles devant nos profits, confiants après nos chutes sachant qu’en nous-mêmes nous ne sommes rien mais que par le Christ, nous sommes tout-puissants : « Je peux tout en Celui qui me fortifier » (Philippiens 4, 13), nous ne serions pas plus découragés de nos fautes que fiers des actes de vertu dont la grâce divine nous aurait rendu capables.

Il faut dire plus : pour une âme qui a pris conscience de son néant et du tout de Dieu, les faiblesses, les défaillances ne doivent plus être des obstacles : elles se changent en moyens, elles sont une occasion pour la foi de s’accroître par un acte héroïque, et pour la confiance de triompher, devant la déroute manifeste de tout ce qui ne mène pas à Dieu. « Je me glorifierai volontiers de mes faiblesses, dit l’Apôtre, afin qu’habite en moi la force du Christ. » (2 Corinthiens 12, 9)

Lorsque vraiment on a commencé à s’appuyer ainsi sur Dieu, et non plus sur soi-même, on avance à pas de géants dans la voie de l’amour. De plus en plus, la charité domine nos actes et purifie nos intentions, en sorte qu’elle ne tarde pas à envahir toute notre vie.

Le texte complet (54 pages) se trouve ici :

Ce texte contient des extraits de « Amour et Silence« 



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