QU’EST-CE QUE LA FOI ? (1)

30La foi chrétienne repose sur la Révélation. Par elle, Dieu prend la libre initiative de se donner gratuitement à connaître et il se communique lui-même ; la foi est l’accueil de cette initiative de Dieu et une adhésion personnelle à lui et à tout ce qu’il révèle.

La foi correspond à une initiative de Dieu

Elle est l’accueil de cette initiative de Dieu, l’accueil de la révélation qu’il fait de son être et de sa propre vie. Comme le cœur de cette initiative consiste dans le fait de donner son Fils dans lequel il révèle tout ce qu’il est, cela signifie que la foi est l’accueil du Christ, « plénitude de la Révélation » (Catéchisme de l’Église catholique (CEC), 65) qui se révèle à nous et qui nous révèle le mystère de Dieu.

Sa Révélation est transmise par l’Église

La foi procède de l’initiative de Dieu, qui s’est pleinement réalisée dans le Christ, dans les événements de sa venue, de sa vie, de son ministère, de sa mort et de sa résurrection. Pour nous qui n’y avons pas assisté à l’époque où ils se sont produits, l’Esprit Saint nous les rend présents par l’Église, par sa parole, par les sacrements. C’est pourquoi la foi chrétienne est aussi foi de l’Église. Depuis les origines, cela s’exprime fortement dans la liturgie baptismale : le ministre immerge le baptisé dans la foi de l’Église et en même temps, le baptisé confesse personnellement la foi transmise par l’Église.

La foi est la réponse juste et adéquate de l’homme à Dieu qui se révèle

« La foi est une réponse d’obéissance à Dieu » (Fides et ratio, Jean-Paul II, 14 septembre 1998, §13). La foi est donnée et non pas imposée. « Puisque l’homme dépend totalement de Dieu comme son Créateur et Seigneur et que la raison créée est complètement soumise à la vérité incréée, nous sommes tenus de présenter par la foi à Dieu qui se révèle la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté » (Dei Filius, Vatican I). La foi est fondamentalement une relation personnelle avec Dieu : c’est en lui que nous croyons et à lui que nous adhérons. Il ne s’agit pas en premier lieu de croire en des vérités, mais d’abord de s’en remettre à quelqu’un.

Nous croyons d’abord en Dieu avant de croire ce qu’il révèle

On le voit bien lorsque l’on dit le Credo. On ne dit pas : « Je crois que », mais : « Je crois en… ». « Je crois en… » renvoie aux trois personnes de la Trinité que sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cela veut dire que la foi est d’abord une adhésion à Dieu qui se révèle personnellement. Ce n’est pas simplement croire à une doctrine et à des vérités. Bien sûr cela l’inclut : si l’on continue le Credo après l’affirmation de la foi en Dieu le Père, en Jésus-Christ et en l’Esprit Saint, il y a du contenu. Il s’agit là d’une distinction très classique que l’on trouve dès les Pères de l’Église des premiers siècles, entre ce que l’on appelle la « fides qua » qui renvoie à la personne en qui on croit et la « fides quae » qui renvoie aux contenus de la foi : on tient toujours que ce qui est premier et le plus fondamental est la relation personnelle. Néanmoins, cette relation serait vide si elle n’avait pas un contenu exprimable et pensable.

C’est un choix fondamental

« Cette vérité, donnée à l’homme et que celui-ci ne pourrait exiger, s’inscrit dans le cadre de la communication interpersonnelle et incite la raison à s’ouvrir à elle et à en accueillir le sens profond. C’est pour cela que l’acte par lequel l’homme s’offre à Dieu a toujours été considéré par l’Église comme un moment de choix fondamental où toute la personne est impliquée » (Dei Filius).
« Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Timothée 1, 12)
Comme l’explique le CEC : en tant qu’adhésion personnelle à Dieu et assentiment à la vérité qu’il a révélée, la foi chrétienne diffère de la foi en une personne humaine. Il est juste et bon de se confier totalement en Dieu et de croire absolument ce qu’il dit. Il serait vain et faux de mettre une telle foi en une créature (cf. Jérémie 17, 5-6 ; Psaumes 40, 5 ; 146, 3-4) (CEC 150).

Croire au Christ est bien davantage que de croire simplement que Dieu existe

L’apôtre saint Jacques explique dans sa lettre que « les démons croient aussi » qu’il n’y a qu’un seul Dieu, mais « ils tremblent » (Jacques 2,19). Ce que saint Jacques montre et que l’on retrouve chez saint Paul, c’est que la foi n’est vivante que lorsqu’elle s’accomplit dans la charité et dans l’amour. Une foi sans amour « ne connaît pas Dieu » (1 Jean 4,8), elle est morte. C’est un peu comme un cadavre. Elle n’est plus vivifiée par l’amour ; elle ne reste plus qu’une intelligence froide. Les démons savent que Dieu existe et qu’il s’est révélé dans le Christ, mais ils n’adhèrent pas à Dieu et n’aiment pas.


La révélation de Dieu est convaincante. La foi n’est pas un grand saut irrationnel dans le vide : elle s’appuie sur de fortes raisons de croire et est donc aussi un acte de l’intelligence.

 

Il y a des raisons de croire

Le motif de croire n’est pas dans le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle : nous croyons à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. « Néanmoins, pour que l’hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation » (Dei Filius). C’est ainsi que la sagesse indépassable du Christ, ses miracles ainsi que ceux des saints (cf. Marc 16, 20 ; Hébreux 2, 4), les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité « sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous », des « motifs de crédibilité » qui montrent que l’assentiment de la foi n’est « nullement un mouvement aveugle de l’esprit » (Dei Filius).

 

 

 

La foi n’est pas une espèce de saut dans le vide vague et incertain

La foi présente tous les caractères de quelque chose qui est convaincant pour l’homme et la raison, à l’inverse des croyances subjectives, des sentiments aveugles ou des superstitions. C’est à la fois convaincant pour la raison et au-delà de la raison, car ce que l’on accueille, ce n’est pas quelque chose que l’homme aurait pu deviner lui-même, mais un assentiment à une initiative de Dieu qui nous précède et sans laquelle on n’aurait jamais pu le connaître comme on le connaît dans la foi. La raison permet d’accéder à une certaine connaissance de Dieu, mais c’est une connaissance qui reste très lointaine et qui n’a pas ce caractère de relation personnelle qu’elle peut prendre quand Dieu prend l’initiative de se révéler à nous. La raison y a sa part. Pour certaines personnes, cela passera par une réflexion conceptuellement élaborée, parce que telle est leur forme d’intelligence. Pour d’autres, ce seront les événements, des rencontres qui les rejoignent au plus profond. Quelqu’un qui assiste à un miracle à Lourdes ne fait pas forcément de grands raisonnements, mais l’événement auquel il assiste peut être tout à fait convaincant.

La foi est un acte de l’intelligence qui s’appuie sur la raison mais elle la dépasse

Saint Thomas d’Aquin donne cette définition : « Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la volonté divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce » (Somme théologique IIae, 2,9). L’intelligence est plus large que la raison. Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel, mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine (CEC 35). « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité » (Jean-Paul II, Encyclique Fides et ratio 1).

La Révélation a un caractère historique. Dieu s’est révélé progressivement dans l’histoire. La foi reposant sur ces événements et ces faits historiques est tendue vers la plénitude de l’éternité.

Dieu s’est révélé graduellement, par étapes, dans les événements de notre histoire

Il ne s’est pas contenté de nous donner un livre rempli de vérités sur lui, mais il est intervenu dans notre histoire et c’est en intervenant dans notre histoire qu’il s’est révélé. Cette révélation dans notre histoire a eu un progrès (CEC 53) : Dieu s’est révélé graduellement à l’homme, par étapes à Abraham « père des croyants » (Romains 4,18), puis dans tout l’Ancien Testament, dans toute l’histoire qui précède le Christ jusqu’à la Vierge Marie, modèle de foi, qui a cru et que toutes les générations diront bienheureuse pour cela (Luc 1,45), et puis dans le Christ qui est, comme le dit la constitution Dei Verbum de Vatican II, la plénitude de la révélation par ses actes et par ses paroles. Il ne nous a pas seulement transmis des informations sur Dieu mais en sa personne, il nous a montré Dieu, il nous a révélé Dieu, son action et ses projets sur nous.

En se révélant, Dieu nous révèle aussi qui est l’homme

Ainsi, cette foi débouche sur la révélation de Dieu, mais aussi de l’homme. Dans notre adhésion, il y a aussi l’adhésion à ce que nous sommes pour Dieu. La foi nous fait ainsi entrer dans le projet que Dieu a pour nous. Et ce projet, c’est que nous participions à sa vie. Cette participation commence déjà par la foi, puisque qu’on ne peut participer à sa vie sans la foi.

La foi est tendue vers une plénitude

La foi est tendue vers la vision dans laquelle la connaissance de Dieu deviendra quelque chose de totalement lumineux et de définitif, dans la vie éternelle. La foi est encore un état de connaissance transitoire qui est marqué d’une certaine obscurité (2 Corinthiens 2,7), puisque l’on n’a pas l’évidence de Dieu, mais seulement une connaissance de lui sous les signes et les événements de sa révélation. Mais on chemine vers la connaissance plénière qui sera dans la vision face à face. C’est pour cela que la foi garde un caractère transitoire, car elle est liée à notre connaissance partiellement évidente de Dieu. Dans la Première épitre aux Corinthiens, au chapitre 13, saint Paul explique pourquoi la seule des trois vertus théologales qui restera est la charité : la foi s’effacera devant la vision de Dieu tandis que l’amour restera.

Monseigneur Denis Biju Duval, ingénieur de l’École Centrale de Paris, docteur en théologie, enseigne la théologie pastorale à l’Institut Redemptor Hominis, qu’il préside actuellement au sein de l’Université du Latran à Rome. Il est aussi Consulteur au Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation.

 

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