QU’EST-CE QUE LA FOI ? (2)

La foi est un acte authentiquement humain. Elle est d’abord un don de Dieu, mais elle est aussi un acte de notre part, dans lequel la prière, l’intelligence et la volonté de l’homme coopèrent librement avec la grâce divine (CEC 154).

La foi c’est un acte qui est vraiment le nôtre

C’est un acte qui engage notre décision et notre volonté. Dieu s’y prend toujours ainsi : il nous rend participants et collaborateurs de ses projets. Il ne court-circuite pas les facultés d’intelligence et de liberté qu’il nous a données. La foi est une grâce, la racine vivante de toute la vie de la grâce et en même temps elle est un acte qui est le nôtre. Il faut « adhérer à », accueillir le Seigneur tel qu’il se donne ou par des arguments qui nous ont convaincus. C’est un élément très important, car de nombreuses personnes en restent au constat qu’elles n’ont pas la foi, expliquant : « Tu as bien de la chance car tu as la foi et moi je ne l’ai pas ». Comme s’il y avait des privilégiés que Dieu a choisis et les autres que Dieu n’aurait pas eu le souci de rejoindre… Or le projet de Dieu est que tous aient la foi. Mais la foi – sauf grâce particulière – ne se reçoit pas dans une pure passivité. La plupart du temps, Dieu ne nous tombe pas dessus. On a la foi parce que nous avons aussi consenti à certaines choses, parce que nous avons réfléchi à la véracité de certains arguments de la révélation. Qui cherche trouve…


 

C’est un acte de l’intelligence et c’est un acte de liberté, un acte d’amour

Dieu veut qu’on le cherche, car le chercher c’est déjà l’aimer. Pourquoi Dieu ne fait-il pas également tous les six mois un miracle de Fatima avec le soleil qui danse dans le ciel pour que tout le monde soit convaincu ? Par rapport à l’obscurité, Pascal disait qu’« il y a dans la foi suffisamment de lumière pour que ceux qui la cherchent la trouvent et il y a suffisamment d’obscurité pour que ceux qui ne la veulent pas la refusent ». Le projet de Dieu implique notre participation. Dieu laisse place au refus. La façon dont il nous approche laisse place au refus. C’est un refus qui demeure un refus irrationnel puisque la foi a un caractère convaincant. Refuser Dieu est un acte irrationnel mais qui reste possible…

C’est un acte marqué par notre condition temporelle

Ce caractère non évident de la foi, ouvre à celui qui en a le désir un chemin de recherche et d’approfondissement de Dieu tout au long de sa vie. Cela peut transformer sa vie en une histoire de recherche de Dieu. Tout cela dit beaucoup de la patience et de l’amour de Dieu : puisque Dieu donne, c’est ce désir de vérité et d’amour qui prévaut.

La foi se demande aussi dans la prière

La foi est nécessaire car « sans la foi il est impossible de plaire à Dieu » (Hébreux 11,6). Dans la prière Dieu noue un dialogue personnel avec chacun et c’est pour cela que la foi, qui est un don de Dieu, se demande aussi dans la prière, comme les apôtres qui demandent : « Augmente en nous la foi ! » (Luc 17,5). Certains peuvent perdre la foi pour avoir oublié de la demander.
La foi a pour sujet fondamental l’Église. C’est certes un acte personnel et libre, mais ce n’est pas un acte isolé : nul ne peut croire seul et nul ne s’est donné la foi à lui-même. On la reçoit de Dieu par son Église et on adhère avec tous les saints à la foi de l’Église, qui est plus certaine que toute connaissance humaine.

La foi est toujours un décentrement

Ce que Dieu révèle de lui-même est beaucoup plus sûr que ce que je spécule sur lui. Je suis donc appelé à me décentrer de moi-même en considérant sa révélation plus sûre que mes propres opinions. C’est déjà vrai humainement : si un ami me fait des confidences sur sa vie, ce que je découvre de lui est bien plus profond et certain que les idées que je pouvais me faire de lui de l’extérieur. La Révélation, ce sont les confidences que Dieu nous fait sur lui-même. Pour que nous vivions ce décentrement de manière concrète et authentique, Dieu nous fait passer par le Christ et par son Église, « colonne et support de la vérité » comme le dit saint Paul (1 Timothée 3,15).

La foi est reçue de l’Église

En pratique, l’Église fait partie des conditions pour que notre foi soit vraiment accueillie comme un don qui nous vient de quelqu’un d’autre. S’il n’y avait pas le critère de l’Église, nous serions ramenés à notre propre perception, à nos propres raisonnements, à nos propres préjugés. C’est le problème du protestantisme. Comme il n’a pas le repère objectif de la foi de l’Église, il explose en des milliers de dénominations. C’est la libre interprétation qui prévaut, avec les aléas et les lacunes de l’isolement dans la foi.

 

 

 

 

Chaque croyant adhère comme tous les saints à toute la foi de l’Église

Saint Thomas d’Aquin explique que celui qui refuserait de croire à un seul article de foi n’aurait pas la foi du tout (Somme Théologique IIae, 3,5). Si l’on n’admet que ce qu’on veut de ce que l’Église enseigne, on n’adhère plus à la Révélation divine ni à l’enseignement de l’Église comme à une règle infaillible, mais à sa propre volonté. On ne s’en remet pas à Dieu, mais à sa propre opinion.

La foi est reçue et donnée

« Ceux qui, à l’aide de Dieu, ont accueilli l’appel du Christ et y ont librement répondu ont été à leur tour pressés par l’amour du Christ d’annoncer partout dans le monde la Bonne Nouvelle. Ce trésor reçu des apôtres a été gardé fidèlement par leurs successeurs. Tous les fidèles du Christ sont appelés à le transmettre de génération en génération, en annonçant la foi, en la vivant dans le partage fraternel et en la célébrant dans la liturgie et la prière (cf. Actes des Apôtres 2, 42) » (CEC 3).
La foi véritable est le juste équilibre entre deux extrêmes : le fidéisme, qui croit mieux servir Dieu en reniant la raison alors qu’elle est elle aussi un don de Dieu ; et le rationalisme, qui réduit arbitrairement le champ des connaissances humaines à ce que la raison peut atteindre par ses seules forces – ce qui est absurde, ne serait-ce que parce que la raison humaine serait bien en mal de démontrer qu’elle est la seule source possible de vérité.

Le fidéisme est une sorte de saut dans le vide qui frise l’absurde

Tertulien disait : « Je crois parce que c’est absurde », mais on le comprend bien mal. Croire ce qui serait absurde, ce serait renier l’intelligence que Dieu nous a donnée. En revanche, si Dieu se révèle, il nous ouvre à un mystère qui dépasse notre intelligence. Ce sera comme une lumière obscure parce qu’elle nous éclaire et nous fait prendre la mesure de notre ignorance en même temps. On peut donc dire : « Je crois parce que c’est mystérieux ». En effet, si cela n’était pas mystérieux, ce ne serait pas Dieu. Reconnaître que la foi nous dépasse dans nos capacités de compréhension est un des aspects qui attestent que c’est une foi authentique. Mais la foi ne nous dépasse pas au sens où elle nous fait faire un grand saut dans le brouillard et dans l’incertain ; elle nous dépasse par excès de vérité et de plénitude. C’est une image de saint Thomas d’Aquin : si la foi garde un caractère mystérieux, c’est non pas parce qu’elle est trop obscure, mais parce qu’elle est trop lumineuse. Nous sommes un peu comme des hiboux en plein jour qui ne peuvent pas voir parce que leurs yeux ne sont adaptés qu’à la nuit. Le fidéisme nie la raison au nom de la foi et c’est une erreur qui a été condamnée par l’Église. Paul VI disait même que c’était un des grands maux de notre temps !

Le rationalisme est une prétention absolue de la raison qui n’est pas plus intelligente

C’est l’autre extrême : un rationalisme théologique qui croit qu’il va pouvoir récupérer toutes les vérités de la foi à partir de la seule raison. Tenter des démonstrations philosophiques du mystère de la Trinité. En la matière, saint Thomas dit qu’il y a évidemment des vérités de foi qui sont aussi des vérités de raison et peuvent être découvertes même si l’on n’a pas la foi, mais que l’essentiel et les plus grandes profondeurs de la foi échappent à la capacité de la seule raison d’y accéder. À partir d’un certain point, on n’a plus affaire à une compréhension purement rationnelle de Dieu, mais à quelque chose qui, du point de vue des arguments de la raison, relève de ce que l’on appelle les « arguments de convenance ». Il s’agit de découvrir les harmoniques, de comprendre les harmoniques de la foi, d’entrevoir une cohérence, mais qui n’est pas de l’ordre de la pure vérité à laquelle on accéderait par des démonstrations de la raison ».

Entre ces deux extrêmes se trouve la foi véritable

La foi est une attitude humble de l’esprit face au mystère de Dieu qui consiste à adhérer à ce mystère, à l’aimer et à être constamment en recherche pour l’aimer d’avantage.

Monseigneur Denis Biju Duval, ingénieur de l’École Centrale de Paris, docteur en théologie, enseigne la théologie pastorale à l’Institut Redemptor Hominis, qu’il préside actuellement au sein de l’Université du Latran à Rome. Il est aussi Consulteur au Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation.

 

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