Réconciliation avec l’Église

Un travail de plusieurs années en psychothérapie m’avait conduite à me réconcilier avec ma mère, ma grand-mère et l’histoire des femmes. Baptisée, j’ai pratiqué la religion catholique dans mon enfance avant de succomber à 18 ans aux sirènes du monde, et j’ai laissé s’effilocher ma foi, devenue une pauvre habitude sans véritable goût. Je continuais néanmoins à chercher Dieu dans un mouvement du Nouvel Âge, jusqu’à devenir de plus en plus persuadée que l’Église était dépassée, mourante : « La preuve, il n’y a plus personne dans les églises ! » Je pensais aussi que le type de nouvelle spiritualité dont je faisais partie contenait la suite de l’évolution de la spiritualité humaine. Je me sentais même investie d’une grande mission : contribuer à renouveler la spiritualité sur terre ! Et quelle fierté j’en retirais ! Quelle énergie aussi cela me donnait pour me consacrer à ce mouvement !

Peu à peu, un questionnement existentiel s’est fait jour avec un point culminant : « Si je suis honnête avec moi-même, je vois bien que je participe activement à la création de ce qui s’apparente, en fait, à une nouvelle religion. J’ai intérêt à être sûre que le Christ n’a pas voulu l’Église ! » Aujourd’hui, je me dis que c’est la graine semée par mon baptême qui a fait retentir en moi cette sonnette d’alarme. Mais comment savoir si le Christ a bien voulu l’Église ou si celle-ci est une pauvre invention d’hommes avides de prendre un pouvoir sur les âmes ?

Cela a produit en moi un nouveau questionnement : « Je me suis réconciliée avec ma mère, ma grand-mère et l’histoire des femmes. Pourquoi est-ce que je ne suis pas réconciliée avec l’Église ? C’est tellement apaisant de vivre en étant réconciliée ! »

Cette question m’a titillée, car mon parcours en psychothérapie m’avait montré une route de réconciliation. Je savais comment faire : aller rencontrer l’autre sans a priori pour connaître son monde. Bien sûr, être sans a priori est difficile, mais il me semblait en avoir une certaine expérience, tout du moins avoir quelques clés pour y parvenir.

Et me voilà partie ! Aller à la messe le dimanche, écouter des podcats de radio Notre Dame, surfer sur Internet… Il y eu du froid et du chaud. Mais toujours dans le froid, comme une certitude, au fond de moi, que la démarche que je faisais était juste.

1 – Le retour à la messe

Sur Internet, je cherche où est la messe la plus proche de chez moi. Internet ne me donne pas la bonne information… J’erre une demi-heure à travers la campagne, comme dans un jeu de piste, de porte d’église en porte d’église. Enfin je trouve, j’entre, un triste dimanche de pluie et de froid, dans une église froide, presque vide, pas éclairée, où la moyenne d’âge avoisinait les 75 ans. Un prêtre très vieux et malade prononce son homélie d’une toute petite voix. Mais quelle profondeur dans ses mots ! J’ai l’impression, devant cette assemblée que je trouve « éteinte »,  que personne ne prend la mesure de ce qu’il dit. Et puis les cantiques me nouent la gorge de sanglots étouffés, m’empêchant de chanter. « Réminiscence romantique des messes de mon enfance… » Je voulais m’en persuader tout en pensant que si mes amis me voyaient ici, ils penseraient que je suis devenue folle…

2 – La radio

Une émission de radio Notre Dame me plaisait beaucoup : « Écoute dans la nuit ». Les invités avaient largement le temps de s’exprimer, elle durait deux heures. Je la podcastais pour l’écouter dans les longs trajets en voiture que je faisais pour aller animer des soirées où j’enseignais qu’au bout de la connaissance de soi, nous allions rencontrer Dieu. Ignorant tout de la transcendance, je pensais qu’à force d’efforts personnels, j’atteindrai un Dieu qui, à la réflexion, n’était pas très actif ! Peu à peu, j’attendais avidement le prochain trajet à faire pour pouvoir écouter l’émission. Et là je suis tombée des nues ! Dans cette Église que je croyais « has been », je rencontrais tant de personnes magnifiques, aux parcours variés, à la foi vivante, communicative. Des moments de prière qui me faisaient couler des larmes, seule, au volant de ma voiture… Dans l’Église il y avait tous ces êtres, toutes ces réflexions, toutes ces oeuvres magnifiques ?

 3 – La théologie

Passionnée d’étude, je m’étais inscrite à des formations théologiques par Internet. Ça a été, dans tous les sens de l’expression, « le coup de grâce » ! Deux milles ans de Tradition où les questions de la foi ont été débattues, réfléchies, mûries par des générations de saints et de théologiens, et gardées avec sagesse dans le Magistère. Découvrir ce qu’étaient les vérités de foi, la vraie morale qui n’est pas moralisme, l’histoire des premiers siècles du christianisme, avec la lutte contre les hérésies. Sidérée, je voyais défiler sous mes yeux les questions que je me posais depuis quelques années, et leurs réponses mûries, étayées, discutées, digérées, passées au crible d’une intelligence éclairée par la foi, patiemment le long des siècles. Qu’est-ce que l’homme, la question du mal, la connaissance de soi, l’intériorité, la prière, l’union à Dieu… Et moi qui pensais orgueilleusement retrouver tout cela par moi-même ! Je me suis sentie comme un arbre, enfin planté au bord du ruisseau, dont les racines ne craignent plus l’aridité de la terre. J’étais vivifiée dans toutes mes fibres, en confiance, à côté du grand ruisseau de la Tradition.

Moi qui étais dans l’illusion d’une pensée qui par sa propre intuition allait tout comprendre, je découvrais la beauté d’un Magistère qui pierre après pierre, patiemment, le long des siècles, construisait une pensée insérée dans son époque, développait la compréhension du mystère du Christ. Aucun penseur isolé, mais chacun posant sa pierre sur l’édifice construit par les précédents, édifice solidement fondé, sans remise en cause mais toujours en approfondissement de questionnement. J’ai eu confiance. J’ai été saisie par la beauté du dogme.

Mais quel vertige devant cet orgueil immense d’avoir cherché pendant vingt ans l’équation du monde qui me ferait comprendre Dieu ! Tant de questions déjà tranchées, tant de débats déjà éclairés, tant de lumières déjà données… Un trésor ! J’avais découvert un trésor ! Et comme l’homme de l’évangile j’ai été prise du désir de tout vendre pour acheter le champ contenant le trésor !

J’ai peur que ce trésor demeure caché pour la plupart des chercheurs de Dieu qui se contentent justement de certains a priori. Bien sûr qu’il y a eu et qu’il y a encore des horreurs produites au sein de l’Église. L’Église est faite de pécheurs. Mais heureusement, lors de ma recherche hors de ses sentiers battus, j’avais appris que l’on ne peut pas réduire la police aux policiers véreux, et que l’imperfection est le lot de chacun sur cette terre, fut-il un saint.

J’ai ainsi cheminé un temps à travers la messe, la radio et la théologie, jusqu’à ce que je tombe sur ces mots « l’Église est notre mère dans la foi », et que je repense à mon point de départ, à ce désir de me réconcilier avec l’Église que j’avais associé avec la réconciliation avec ma mère.

Je découvrais aussi la sagesse de l’Église quand elle canonise un saint, ce qu’est vraiment un saint, et la confiance que je pouvais mettre dans les paroles d’un saint. Et c’est une sainte, Sainte Thérèse d’Avila, qui a été également déterminante dans mon chemin de conversion. Je lisais avidement son autobiographie sur mon smartphone, dans chacune des petites pauses que j’avais dans la journée. Ce livre avait pour moi le goût de la vérité. Cette grande Thérèse qui prononça sur son lit de mort : « A la fin, je meurs en fille de l’Église ».

Tout ce parcours d’approche m’avait mis en confiance, et j’ai osé m’inscrire à une première retraite dans un foyer de charité, où j’ai vécu le tournant déterminant de ma conversion.

A.D.

Voir aussi : l’Eglise est une mère, catéchèse du pape François sur Radio Vatican.

L’autobiographie de Thérèse d’Avila peut par exemple se trouver là.

 

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