Solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Lourdes, Lundi, 15 août 1983

« Nous nous trouvons à Lourdes en la solennité de l’Assomption de Marie au ciel, quand l’Eglise proclame la gloire de sa naissance définitive au ciel. Nous voulons – surtout par la liturgie – participer à cette gloire. On peut dire que la liturgie nous montre l’Assomption de Marie au ciel sous trois aspects.

  1. Le premier aspect, c’est, dans la maison de Zacharie, la Visitation.

Elisabeth dit: “Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni… Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles… du Seigneur”.

Marie a cru aux paroles qui lui étaient dites de la part du Seigneur, et Marie a accueilli le Verbe qui a pris chair en elle et qui est le fruit de ses entrailles.

La Rédemption du monde a été fondée sur la foi de Marie, elle a été liée à son “Fiat” au moment de l’Annonciation. Mais elle a commencé à se réaliser par le fait que “le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous” (Jn. 1, 14).

Lors de la Visitation, Marie, au seuil de la maison hospitalière de Zacharie et d’Elisabeth, prononce une phrase qui concernait le début du mystère de la Rédemption. Elle dit: “Le Puissant fit pour moi des merveilles: saint est son nom!” (Luc. 1, 49).

Cette phrase, prise du contexte de la Visitation, s’insère, à travers la liturgie d’aujourd’hui, dans le contexte de l’Assomption. Tout le Magnificat prononcé lors de la Visitation devient, dans la liturgie d’aujourd’hui, l’hymne de l’Assomption de Marie au ciel.

La Vierge de Nazareth a prononcé ces mots alors que, par son œuvre, le Fils de Dieu devait naître sur terre. Avec quelle force ne devrait-elle pas les prononcer à nouveau alors que, par l’œuvre de son Fils, elle-même va naître au ciel !

  1. La liturgie de cette fête solennelle nous révèle le deuxième aspect de l’Assomption par les paroles de saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens.

L’Assomption de la Mère du Christ au ciel fait partie de la victoire sur la mort, de cette victoire dont le commencement se trouve dans la résurrection du Christ : “Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité” (1Cor. 15, 20).

La mort est l’héritage de l’homme après le péché originel: “Tous meurent en Adam” (1Cor. 15, 22).

La Rédemption accomplie par le Christ a fait dépasser cet héritage : “Tous revivront dans le Christ, mais chacun à son rang : en tête, le Christ, comme prémices, ensuite ceux qui seront au Christ…” (Ibid. 15, 22-23).

Et qui, plus que sa Mère, appartient au Christ ? Qui, plus qu’elle, a été racheté par lui ? Qui a coopéré à sa Rédemption de plus près qu’elle ne l’a fait elle-même par son “ Fiat ” à l’Annonciation, et par son “ Fiat ” au pied de la Croix ?

Ainsi donc, c’est au cœur même de la Rédemption accomplie par la Croix sur le Calvaire, c’est dans la puissance même de la Rédemption révélée dans la Résurrection, que trouve sa source la victoire sur la mort qu’expérimente la Mère du Rédempteur, c’est-à-dire son Assomption au ciel.

Tel est le deuxième aspect de l’Assomption que nous révèle la liturgie d’aujourd’hui.

  1. Le troisième aspect est exprimé par les paroles du psaume responsorial ; et c’est le langage poétique de ce psaume qui l’exprime : la fille du roi, vêtue d’étoffes précieuses, entre pour occuper sa place à côté du trône du roi :

“Pour toujours ton trône, ô Dieu, et à jamais!
Sceptre de droiture, le sceptre de ton règne!” (Ps. 44(45), 7).

Dans la Rédemption se renouvelle le Règne de Dieu, commencé par la création même, puis atteint dans le cœur de l’homme par le péché.

Marie, Mère du Rédempteur, est la première à participer à ce règne de gloire et d’union à Dieu dans l’éternité.

Sa naissance au ciel est le commencement définitif de la gloire que les fils et les filles de cette terre doivent atteindre en Dieu même en vertu de la Rédemption du Christ.

En effet, la Rédemption est le fondement de la transformation de l’histoire du cosmos dans le Règne de Dieu.

Marie est la première des rachetés. En elle aussi, a déjà commencé la transformation de l’histoire du cosmos en Règne de Dieu.

C’est cela qu’exprime le mystère de son Assomption au ciel : la naissance au ciel, avec son âme et son corps.

Nous venons en pèlerinage à Lourdes, où Marie (“la belle Dame”) a dit à Bernadette: “Je suis l’Immaculée Conception”. Par ces mots, elle a exprimé le mystère de sa naissance sur terre comme un événement salvifique très étroitement lié à la Rédemption, et lié à l’Avent.

Belle Dame!

O Femme qui as le soleil pour manteau!

Reçois notre pèlerinage en cette année d’Avent du jubilé de la Rédemption.

Aide-nous, par la lumière de ce jubilé, à pénétrer ton mystère:

– le mystère de la Vierge Mère,
– le mystère de la Reine Servante,
– le mystère de la Toute puissance qui se fait suppliante.

Aide-nous à découvrir toujours plus pleinement, en ce mystère, le Christ, Rédempteur du monde, Rédempteur de l’homme.

Tu as le soleil pour manteau, le soleil de l’inscrutable Divinité, le soleil de l’impénétrable Trinité. “Pleine de grâce” jusqu’aux limites de l’Assomption au ciel !

Et en même temps…

pour nous qui vivons sur cette terre, pour nous, pauvres fils d’Eve en exil, tu as pour manteau le soleil du Christ depuis Bethléem et Nazareth, depuis Jérusalem et le Calvaire. Tu es revêtue du soleil de la Rédemption de l’homme et du monde par la croix et la Résurrection de ton Fils.

Fais que ce soleil resplendisse sans cesse pour nous sur cette terre!

Fais qu’il ne s’obscurcisse pas dans l’âme des hommes!

Fais qu’il éclaire les chemins terrestres de l’Eglise dont tu es la première figure!

Et que l’Eglise, en fixant le regard sur toi, Mère du Rédempteur, apprenne sans cesse elle-même à être mère!

Regarde! Voici ce que dit le livre de l’Apocalypse: “ Le Dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance ”.

O Mère qui, dans ton Assomption au ciel, as expérimenté la plénitude de la victoire sur la mort de l’âme et du corps, défends les fils et les filles de cette terre contre la mort de l’âme! O Mère de l’Eglise!

Devant l’humanité qui semble toujours fascinée par ce qui est temporel – et alors que la “ domination sur le monde ” cache la perspective du destin éternel de l’homme en Dieu -, sois toi-même un témoin de Dieu!

Toi, sa Mère.

Qui peut résister au témoignage d’une mère?

Toi qui es née pour les fatigues de cette terre: conçue de façon immaculée!

Toi qui es née pour la gloire du ciel! Montée au ciel!

Toi qui es revêtue du soleil de l’insondable Divinité, du soleil de l’impénétrable Trinité, remplie du Père, du Fils et de l’Esprit Saint!

Toi à qui la Trinité se donne comme un seul Dieu, le Dieu de la création et de la Révélation! Le Dieu de l’Alliance et de la Rédemption. Le Dieu du commencement et de la fin. L’alfa et l’oméga. Le Dieu-Vérité. Le Dieu-Amour. Le Dieu-Grâce. Le Dieu-Sainteté. Le Dieu qui surpasse tout et qui embrasse tout. Le Dieu qui est “ tout en tous ”.

Toi qui as pour manteau le soleil! Notre Mère! Sois le témoin de Dieu! . . .

– devant le monde du millénaire qui se termine.
– devant nous, fils d’Eve en exil,
sois le témoin de Dieu!

Amen. »

Extrait:http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/1983/documents/hf_jp-ii_hom_19830815_assunzione.html

 

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