TOUT HOMME A UNE MISSION (1)

La mission est omniprésente dans les écrits d’Adrienne von Speyr. Tout homme, pour Dieu, a une mission, il n’y a pas d’exception. En accomplissant sur la croix l’œuvre de la rédemption, le Seigneur s’est acquis le droit de donner à tout croyant une mission particulière. Celle-ci peut sembler extrêmement simple ou au contraire très compliquée :  elle demeure toujours une exigence. Mais il n’est possible à personne d’assurer qu’il a accompli tout ce qu’il devait faire. Personne non plus ne peut soutenir qu’il n’a jamais  entendu l’exigence du Seigneur, car le Seigneur parle de telle manière que quiconque le veut est en mesure de l’entendre. Sa voix, ce peut être la plus légère inquiétude ou l’exigence la plus claire, on peut l’entendre dans la nuit et au fond de l’abîme, elle peut emporter au ciel et on peut entendre distinctement les paroles qu’elle prononce, on peut l’entendre quand on lit l’Ecriture ou quand on suit une prédication, on peut l’entendre dans l’exhortation du confesseur ou au plus profond du cœur: c’est toujours la voix du Seigneur. Même quand on l’a bien entendue, il y a donc en toute parole l’exigence qu’on continue à écouter.

            Tout homme a une mission, personne n’en est exempt dans l’Eglise; « chaque chrétien est envoyé auprès de ceux que l’Eglise doit attirer au Seigneur ». Tout homme a une mission : et le prêtre qui parle, et le laïc par sa vie, et le mendiant qui demande un verre d’eau. « Tous, ils nous sensibilisent à l’amour, aussi différentes que soient leurs missions. Chacun est un moyen par lequel le Seigneur nous attire à lui, et il nous attire à lui afin de nous envoyer vers d’autres ».

            Pendant que Jésus était à table dans la maison de Simon le lépreux, une femme vint avec un flacon d’albâtre contenant un parfum de nard, pur et très coûteux (Mc 14,3). Le Seigneur ne verrouille pas ses portes. Cette femme a un but précis. Sait-elle qu’elle est une envoyée ? A peine sans doute. C’est le cas de beaucoup de ceux qui cherchent le Seigneur et le rencontrent. Quelque chose les pousse ; ils veulent faire quelque chose et ils ne devinent pas à l’avance qu’ils vont recevoir dans cette rencontre quelque chose qui est le sens de leur vie. Et la femme brisa le flacon d’albâtre et lui versa le parfum sur la tête. La femme brise le flacon, elle offre quelque chose de précieux ; le flacon ne servira qu’une fois. Nous brisons notre flacon quand nous offrons notre vie au Seigneur. Cela peut se faire de beaucoup de manières. Offrir est toujours un renoncement : on renonce non seulement au parfum mais aussi au flacon, c’est-à-dire à notre vie avec la forme qu’on lui avait donnée soi-même.

            L’homme doit avoir conscience qu’il est un élu et se laisser guider par cette certitude. Il a le devoir de penser que Dieu a pour lui des projets bien précis et qu’il a à se mettre à leur disposition. L’accueil de cette mission objective et sa mise en œuvre dans sa vie sont le résultat d’une action de l’Esprit Saint. Par celui-ci, l’homme est rendu capable de mieux saisir tout ce qu’il y a d’objectif dans les projets de Dieu et donc d’être prêt pour une vie éternelle qui ne porte pas seulement le visage de ses propres désirs et de ses espérances, mais qui correspond à l’être même de Dieu tel qu’il est en son éternité. D’être travaillé par l’Esprit n’enlève pas à l’homme sa personnalité : il ne devient pas un instrument anonyme et mort qui ne pourrait correspondre à ce qu’on attend de lui qu’en s’éteignant lui-même. Au contraire, l’action de l’Esprit réalise la libération de la personnalité telle que Dieu la projetait, et elle s’ouvre alors à l’Esprit d’une manière unique pour atteindre sa destinée éternelle.

 

 

 

  Dieu veut sauver tous les hommes ; ce n’est pas lui qui efface leur nom du livre de vie de l’Agneau. Les noms de tous les hommes sont inscrits dans ce livre comme avec une encre invisible; et c’est comme si les hommes devaient apporter quelque chose pour que leur nom devienne visible. L’homme doit faire au moins un mouvement vers Dieu, se donner à sa volonté, sinon le nom est tenu en réserve. Il ne servirait à rien de faire le bien si le Seigneur n’avait inscrit notre nom dans le livre de vie, car l’action du Seigneur est toujours première, la nôtre n’est jamais qu’une réponse à la sienne. Il nous attend. Il n’attend pas contre l’homme, mais avec lui.

            Tout le monde est capable d’entendre le Seigneur : pour cela il suffit d’être prêt à se mettre à son service. Celui qui a le sens du Seigneur sait qu’il est capable d’entendre et qu’il doit écouter réellement. Ecouter signifie croire, et croire veut dire porter du fruit. Tous ceux que le Seigneur est venu sauver ont à être féconds, chacun reçoit une mission particulière adaptée à ses dons et à son caractère.

            Bien sûr, « humainement parlant, personne n’est indispensable même si, du point de vue du Seigneur, on est irremplaçable. Humainement parlant, d’autres pourraient accomplir notre tâche aussi bien, voire mieux que nous, parce qu’ils ont des dispositions, des aptitudes, des expériences aussi bonnes ou meilleures que les nôtres. Du point de vue du Seigneur par contre, chacun est irremplaçable parce que chacun est indispensable à la plénitude de la gloire de Dieu… Etre disciple veut dire avoir mis à la disposition du Fils vie et amour, tout ce qu’on possède… Est disciple celui dont le Fils dispose… »

            A toutes les pages de l’Ecriture, Adrienne discerne une mission personnelle reçue par des hommes. Elle nous habitue à comprendre que personne n’aura le droit de dire un jour qu’on ne lui a rien demandé, que le Seigneur ne lui a pas fait signe. Chacun reçoit du Seigneur un signe et même plus d’un, une mission et même plus d’une, mais rien n’est plus facile que de faire l’homme qui n’a rien vu, qui n’a rien entendu, qui ne savait pas qu’on s’adressait à lui. Et cependant on ne se détourne pas de Dieu sans en être conscient parce que Dieu qui appelle donne aussi à celui qu’il appelle la possibilité de l’entendre.

            Toute mission est grande : elle mène l’homme à la rencontre de Dieu. Adrienne a l’art de faire pressentir quelque chose de la proximité de Dieu, mais elle ne s’arrête pas à ce que l’homme peut éprouver ou sentir, elle conduit toujours le moi jusqu’à Dieu lui-même, et Dieu – c’est curieux – a toujours quelque chose à nous demander, il a toujours de nouveaux projets pour nous, il sollicite notre collaboration comme s’il en avait vraiment besoin, là où nous sommes… ou bien ailleurs.

http://www.abbaye-saint-paul-wisques.com/spiritualite/adrienne-von-speyr/la-foi-dadrienne-von-speyr/

 

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